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2002 - Fin de l'incorporation Le formateur alluma la TV, un mini reportage évoqua une règle d'or : - vous serez confrontés au pire côté de la société...pour cela, il faudra suivre cette règle d'or pour éviter dépression...il faut une vie de famille équilibrée... Affectation à Creil Attribution d'un numéro : 958404. Poste affecté : bureau de Police du Plateau Rouher. 1er jour, secteur Plateau Rouher Dans le véhicule de Police, nous patrouillions à 4, une jeune femme stagiaire gardien de la paix près du conducteur, moi et un autre adjoint à l'arrière du véhicule. La jeune femme me montra les hauts immeubles : - Tu verras, on tourne souvent dans les mêmes rues, nous patrouillons particulièrement dans les zones sensibles. Quand tu sors du véhicule et que tu longes à pied les immeubles, il faudra faire très attention. Il nous lance des projectiles, des oeufs durs, des cailloux, et surtout, le plus dangereux pour nos vie, le mobilier. Une fois, quelqu'un a jeté une (ancienne) machine à laver par la fenêtre. Le véhicule de police stationna devant la tour abandonnée Henri Dunant et repaire de la drogue, la stagiaire me déclara : - Tu restes pour garder la voiture. Ici, on ne peut la laisser sans surveillance, sinon on la retrouve brûlée. Mets toi devant pour nous appeler rapidement en cas de problème. Quelques minutes plus tard, un jeune homme de moins de 20 ans de l'autre côté de la route lança d'un air provocateur : - Tiens, une nouvelle recrue. Tu n'as pas peur toute seule ? Je rétorquai : - (???) bah non ! Le jeune homme siffla dans le but de former une fameuse une émeute. La stagiaire gardien de la paix arriva à ce moment, et répliqua fermement au jeune homme : - Non, elle n'est pas seule ! Tentative d'homicide Prise en charge de la victime dans le véhicule de Police, une femme déclara que son mari l'avait poursuivi avec un fusil, essayant de la tuer. Près de moi, sur la banquette arrière, la femme se balança d'avant en arrière, visiblement perturbée : - Je vais aller en prison ! j'ai essayé de lui tirer dessus pour me défendre....je vais aller en prison ! Le conducteur du véhicule de Police déclara : - Non, ne vous inquiétez pas, si c'est un cas de légitime défense, vous n'irez pas en prison Madame ! La victime est emmenée au commissariat pour glaner sa déposition. Nous remontons vers l'appartement, lieu de la scène de crime pour protéger les traces et indices, des traces de sang dans le couloir du rez de chaussée reliaient l'entrée de l'appartement à la sortie. Peu à peu, à l'intérieur de l'appartement, les éléments semblèrent totalement en contradiction avec la déclaration de la soi disant victime. Le couple ne s'entendait plus du tout, et allait se séparer. La femme avait tenté de le tuer pendant qu'il dormait, ne supportant pas l'idée d'avoir la garde partagée de leur enfant, un drame familial. Gardant le véhicule de Police, des enfants s'attroupèrent autour de moi en questionnant : - Et madame, c'est vrai que la femme ira en prison ? Impossible de leur répondre franchement - secret professionnel et devoir de réserve obligent, je rétorquai : - Je ne sais pas ! Garde au Centre Hospitalier de Creil Rappelée pour faire une garde hôpital à Creil un dimanche matin à 5H. Les infirmières nous offrirent gentiment le café. L'individu en détention était une jeune homme de 21 ans. Un homme avait laissé ses clés sur le contact tandis qu'il retirait de l'argent, et l'individu avait dérobé le véhicule. Dans une course poursuite avec la BAC, la BMW volée avait percuté de plein fouet un autre véhicule, tuant une famille sur le coup, parmi eux des enfants, la BMW coupée en deux, et lui s'en tirait à peine avec une égratignure, dans le coma. Je ruminai cette injustice en silence, écoeurée de me lever si tôt pour garder ce genre d'individu, et de voir que c'étaient souvent ceux qui commettaient les bévues sur la route qui s'en sortaient bien, et que c'étaient les autres qui mouraient, ceux qui n'avaient même pas demandé à être là. Une infirmière au passage déclara : - Je suis là pour soigner et sauver des vies. Je ne préfère pas savoir ce qu'il a fait ! Je répliquai : - Il ne vaut mieux pas ! Prise de service au commissariat central Ambiance électrique avec la hiérarchie présente au Rez de chaussée. Le major appliquait des méthodes particulières d'encadrement, convoquer, hurler, rabaisser, ne pas laisser parler le convoqué. Ainsi, l'endroit dans lequel se trouvait cette hiérarchie était surnommé le couloir de la mort, nous préférions passer de l'autre côté, dans le couloir des gardes à vue, quitte à se faire insulter au passage. Les lieutenants nous parlaient d'égal à égal, commissaire adjoint y compris, alors qu'on leur avait appris à l'école que les échelons en dessous étaient des moins que rien. Un jour, je fus convoqué dans le bureau du major. A cran, j'explosai (la seule fois en 13 de vie professionnelle/personnelle), hurlant : - Vous me faites chier pour des conneries ! y en a qui font des choses plus graves et on ne leur dit rien ! Le major demeura aussi interdit que moi, des agents avaient déjà répliqué vivement, mais j'étais assez timorée, et des plus calmes, c'était donc très surprenant de ma part. Les mots étaient sortis tout seul, ma voix était monté plus haute que la sienne Outrée par ma réaction et embarrassée, je sortis lentement du bureau. Suite à cela, il changea ses méthodes d'encadrement, il était souriant pour saluer les agents, et s'exprima plus posément avec ceux qu'il convoquait dans son bureau. Violences urbaines Le quotidien des quartiers difficiles : Emeutes, insultes, jet de pierre contre la Police. Sans casque, certaines jeunes n'hésitaient pas à aller à la rencontre du véhicule de Police dans le seul but de provoquer, se lancer dans un jeu du chat et de la souris par une course poursuite, se retrancher dans les petites allées dont l'accès est impossible en véhicule. Des enfants de moins de dix ans nous toisaient, d'un regard emplit de haine, comme s'ils avaient été conditionné à détester le policier. A la commanderie, des jeunes jetaient des pierres depuis les box, retranchés derrière les murs, dissimulés. A l'arrière du transit, j'entendis un claquement de mon côté, un pavé venait de percuter la vitre, mais pas de dégâts, les vitres étaient spécialement blindées contre cela. Choquée par le constat de l'agressivité gratuite envers la police, je déclarai à un collègue : - Il n'y a que les gens honnêtes qui tremblent devant nous. C'est le monde à l'envers ! Suite à des recherches aux archives, un collègue adjoint déclara, dans un rire nerveux : - Oh les batards ! ils ont chopé une fille à plusieurs, et l'ont violé dans les caves. Ils étaient trois ! Ma collègue stagiaire gardien de la paix demeura aussi bouche bée que moi, leva seulement ses yeux au dessus de ses lunettes. Que dire ?! Longeant les cellules des gardés à vue, j'aperçus au loin un jeune homme très agité en cellule, hurlant : - Aaaaaaaaah, violence policièèèèère ! Ignorant qu'il y avait des caméras partout, le jeune homme chargea les parois de l'entrée, et frappa sa tête contre elles. Le visage ensanglanté, il continua : - Je vais déposer plainte. Violence policièèèèèère !

Suicide à la mosquée En doublure au poste de commandement d'information et de commandement, je reçus un appel d'urgence des pompiers signalant un homme sur le toit de la mosquée de Creil. La patrouille arriva rapidement sur place avec les pompiers. L'homme ne chercha pas à discuter. Lorsqu'il les aperçut, il plongea tête la première dans le vide. Un policier manqua in extremis de se faire tuer en bas, tentant dans un geste désespéré de le sauver. Le samu ne parvint pas à le réanimer, parmi eux sa fiancée qui était arrivée la première. L'enquête menée, impossible de comprendre son geste. La veille, il avait demandé en mariage sa copine qui avait accepté, et avait posé plein de questions sur la religion à son père.

Un bébé mort dans une poussette Dans la rue, des passants nous signalèrent un poupon mort dans une poussette. Sur place, les agents embarquèrent la mère pour la placer en garde à vue. La mère et le père étaient tous deux placés sous curatelle. Le nourrisson avait succombé de malnutrition, et était recouvert de quelques hématomes. Consternation totale ! Moment de solitude Sur le trajet du travail au domicile, j'étais installé dans le train en gare de Creil. 3 jeunes montèrent dans le train. L'un d'entre eux lança en s'approchant de ma place : - Merde, on n'a pas de billet ! wesh, pas grave, on a la police avec nous. Le jeune homme s'installa à une place face à moi, les 2 autres s'installèrent à coté de lui,et un autre sur mon double siège, jubilant : - Et madame, vous habitez toujours au niveau des bords de l'Oise à Compiègne ? (Comment sait il cela ? inquiétant - bon, ils n'ont pas brûlé ma voiture) Le commissaire me demanda de l'accompagner à la commémoration du 8 mai 45. En tenue de cérémonie, nous rentrâmes à pied au commissariat. Face à l'entrée, j'aperçus mon véhicule derrière une barrière (plan vigipirate). Je déclarai : - Tiens, mon véhicule est mal stationné. Quelqu'un s'est amusé à déplacer la barrière pour s'y garer cette nuit ! Le commissaire répliqua dérouté : - ah c'était vous ! (moi quoi ?) Constatant un PV plus tard sur mon véhicule, je retournai au poste, m'adressai à un collègue de la brigade : - Quelqu'un m'a mis un pv. Quelqu'un s'est amusé à bouger la barrière, j'y suis pour rien. Le collègue répondit : - Ah, c'est moi, mais c'est le commissaire qui m'avait demandé de le faire ! Je répondis, désappointée : - Ah d'accord, je comprends mieux ! Empathie Un jeune homme sortant de garde à vue récupéra ses affaires personnelles d'un casier au poste. Assise, la jeune femme en uniforme en charge des appels d'urgence baissa la tête sur son cahier pour l'ignorer, préférant mettre des barrières avec tous ceux qui étaient placés en garde à vue. Debout à l'opposé de la pièce, le jeune homme me toisa deux fois avant de déclarer, d'un air calme et déçu : - J'étais en voiture à côté d'un pote. Il a fait un délit de fuite, et on m'a arrêté. J'ai été en garde à vue pour rien. Franchement, je ne comprends pas ce que vous faites dans ce métier ! Déjà en proie au doute quant à la poursuite de cette carrière, certaines répliques me revinrent en mémoire. Celle du formateur : - Vous êtes trop honnête pour être dans la police ! celle d'un collègue : - Dis donc, tu es trop sensible pour être du métier ! Celle d'un autre collègue de la bac à mes premiers pas : - Qu'est ce qu'une fille comme toi est venue faire dans ce monde de brute ?! Fouille de sécurité - une jeune femme impliquée dans un vol à l'étalage fut placée dans une pièce. Réticente à tout enlever, la jeune femme perçut cela comme une humiliation, j'acquiesçai d'un petit mouvement de la tête pour l'inviter à continuer. Je compris sa position mais n'étais pas douée pour bien parler, rassurer. Une collègue en civil entra à ce moment, et sut trouver les mots qu'il fallait : - Ne vous inquiétez pas Madame, on n'aime pas ça non plus, mais on est obligés de le faire ! J'acquiesçai d'un signe de tête pour approuver.

Le Policier au service de l'économie Le major entradans le bureau en regardant les 2 gardiens de la paix : - Les gars, les chiffres ne sont pas bons du tout. Il n'y a pas eu assez de TA (timbre amende). Je jaugeai la conversation entre le major et le gardien de la paix qui resta détendu et répondit sur un ton hilare : - Je comprends Major, mais on ne va tout de même pas inventer les infractions !

A la salle de sport, nous étions 5 agents, dont 1 major. Le major relata une conversation avec le commissaire : - Lors de la journée du passage du président de la république, le patron ne voulait pas acheter des sandwichs aux agents. Il m'avait dit que le budget de l'année suivante était déjà épuisé, j'avais insisté en lui disant "mais enfin, vous ne pouvez tout de même pas faire travailler nos hommes sur le terrain pendant 10 heures sans nourriture et sans eau, c'est totalement aberrant ! Il n'avait pas de solution, finalement c'est la préfecture qui avait payé ! "

Dans un bureau, 2 OPJ (officier de police judiciaire) en tenue civil et moi même en uniforme étions assis à écouter le témoignage édifiant du capitaine de Police : - Un major avait l'air bien, il est monté à bord du véhicule, au volant, il a dégainé son arme et s'est tiré une balle dans la tête, comme ça, son collègue était sur le siège passager, il ne l'a pas vu venir, il n'a rien pu faire...

Tag(s) : #police, #philosophie, #société

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