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~~Hagarde et désemparée, les yeux de la fillette étaient souvent perdus dans le vide. Pour seuls compagnons, elle n'avait que la solitude et la souffrance. Ses sentiments étaient invisibles de tous. Qu'avait-elle fait pour mériter cela ? Elle essuyait des menaces, des insultes d'une autre fille, qui tel le berger d'un troupeau de moutons l'avait mise à l'écart de toute la classe. Les yeux admiratifs d'autrefois s'étaient mués en regard empli de mépris et de haine à son encontre. Pourquoi une telle violence psychologique à son encontre ? Elle n'avait fait aucune incartade susceptible de blesser quiconque. Un jour, "la harceleuse" l'avait accusée fallacieusement d'être l'auteur de vol dans les vestiaires, et dieu sait quoi d'autres encore. Seulement, elle était coupable d'une seule chose : d'être différente. Elle, la victime, était taciturne, timorée, et anormalement sage pour son âge. Elle n'avait pas encore conscience que son destin tragique l'avait déjà brisée autrefois, par un évènement traumatique auquel sa mémoire avait occulté. Elle l'ignorait encore, mais son séjour en enfer durerait un an, mais le temps s'écoulait bien trop péniblement. Elle se sentait différente.Peut-être méritait-elle ce qu'on lui infligeait ? Et si cela ne s'arrêtait jamais ? s'enquérait-elle.

Tel un lézard, elle n'était plus que la proie vulnérable d'une vipère en chasse. La harceleuse de la classe était habitée par un pouvoir de leader qui lui montait à la tête, ce sentiment d'avidité à la fois odieux et primate qui la rendait supérieure et puissante, de sorte qu'elle acculait sa victime contre un mur, et la rabaissait. L'humiliation ultime. La honte et la crainte de représailles s'emparait d'elle. Qui la croirait ? Qui la défendrait ? Après tout, elle n'était qu'une paria. "Elle n'était rien." Même certains garçons de la classe étaient devenus abjects, le jeu des quolibets s'abattaient sur elle, et l'un d'entre eux qui, un jour, sans raison, l'avait frappée d'un violent coup de pied. Son équilibre était tel un château de cartes, un souffle de la harceleuse le faisait vaciller, et les piliers s'effondraient les uns après les autres, ne laissant plus que les vestiges d'un fort.

Envahie par les ténèbres, des torrents de larmes s'écoulaient le long de ses joues. Au-delà de la porte close des toilettes, nul ne pouvait la voir, ni l'entendre. Retranchée derrière ses remparts psychologiques, sa détresse demeurait indécelable. Elle ne pensait qu'à une seule chose : mettre fin à ses tourments et ses angoisses en allant se briser contre une fenêtre de l'école pour se laisser tomber dans le vide, étendre ses ailes pour s'envoler vers la paix. La mort était l'unique quête de sa délivrance. Elle n'avait plus le coeur à se battre, car le sien était disloqué. Nul ne semblait se soucier d'elle, pas même sa famille. Si elle disparaissait, nul ne le remarquerait. Comment trouver le courage de passer à l'acte ?

D'innombrables années plus tard, ses barrières psychologiques étaient en béton, quasi infranchissable. Les blessures de l'âme demeuraient incurables, dissimulées par ses sourires. Nul ne se doutait d'une existence douloureuse passée, d'une enfance accablée. Le manque d'assurance et la phobie sociale l'avait conduit d'échec en échec au cours de ses premiers pas dans le monde professionnel. Elle faisait un métier aux horaires pénibles et mal payé. Ses chagrins lui avaient transmis une intelligence interpersonnelle qui faisait d'elle une grande salariée, simple et modeste, mais très appréciée et respectée par la majorité de ses collègues. Son physique l'avantageait, mais la beauté de son âme restait intacte par les douleurs passées, présents et futurs. Seul bémol, sa grâce et sa beauté attiraient les dons juan des temps modernes, piégés par des images (favorisant hypersexualisation,surconsommation...) se basant sur un modèle qui avilissait leur vision de la femme. Savaient-ils que le pouvoir de séduction, comme tout pouvoir quelquconque, était pernicieux au point de flétrir l'âme ? Le virtuel abolissait les vertus humaines, faisant d'eux des vendeurs de larmes en considérant la belle femme comme un vulgaire trophée de chasse. Pour eux, l'amour était un jeu, la femme un jouet de plaisir concupiscent. Se souciaient-ils du tort qu'ils causaient ? du mal qu'on lui avait causé ? Un parfum de solitude émergeait dans son esprit au goût amer des temps difficiles. Elle n'était qu'un jouet. Non, "elle n'était rien." La phrase de son collègue la hantait constamment : ils ne veulent que ton c**. Tourmentée, elle ne voulait plus baisser sa garde, alors qu'elle l'avait fait rarement avant ceux-là. Bafouée par des hommes. Plus jamais ça. Le jeu de la cruauté ne s'arrêtait-il donc jamais ? Pourquoi s'acharnaient-ils à remuer ainsi le couteau dans la plaie ? Parmi ce monde en décadence, où se cachait donc l'homme qui la respecterait ? Elle ne souhaitait qu'une chose simple : un compagnon chaleureux qui l'aimerait, la respecterait, l'aidant ainsi à guérir ses blessures, savourant le bonheur par procuration dans les yeux d'un enfant heureux, fruit de leur amour. Seul bémol, ses défenses avaient imposé une méfiance outre-mesure qui entravait ses plans.

Le bonheur était tel un fil de soie, accessible mais fragile.

Le harcèlement scolaire engendre de graves conséquences : dépression, anxiété, phobie sociale, perte de l'estime de soi, suicide.

HARCELEMENT SCOLAIRE DESTIN BRISE
Tag(s) : #société, #harcèlement scolaire, #philosophie, #sociologie, #psychologie

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