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~~Mutisme sélectif ? choc psychologique ? ou les deux sont intimement liés ?
A l'époque de ces faits, le mutisme sélectif était mal être qui était totalement inconnu du public.

Assis sur le perron de la cour d'école, ses yeux s'abandonnèrent à la vacuité - il avait conscience de ses absences - les autres le croyaient seulement muet.
A 6 ans, son esprit s'égarait souvent pour échapper à une réalité profondément déroutante. Tantôt il songeait éveillé, tantôt des cauchemars le hantaient. Il n'était plus attentif au monde qui l'entourait. Las et éreinté, la vie n'avait aucun sens pour lui. L'ennui et la solitude étaient ses seuls compagnons, et rien qu'à cette pensée cela le chagrinait. Tel un bouclier de défense, son inconscient avait dressé des remparts invisibles autour de lui, des murailles infranchissables. La plupart du temps, il resta assis là à contempler les autres. Parfois, il en avait honte et s'en allait se dissimiler parmi les recoins les plus sombres du préau. Il ne voulait plus être ainsi, l'enfant triste et sage reclus dans son coin. Son corps ne répondait pas à ses espérances, et il se sentait cloitré.


Un cauchemar récurrent le hantait, l'histoire était un mélange du petit poucet et du petit chaperon rouge :
-- Abandonné seul en pleine forêt, il fit une mauvaise rencontre. Le grand méchant loup. Sachant à peine prononcer quelques mots, il était si petit, trop vulnérable pour se défendre. Ses lèvres demeurèrent paralysés comme le reste de ses membres, aucun son n'en sortit. Le vautour affamé jaillit de la pénombre pour se ruer sur lui, et le dévora lentement, péniblement lentement. Rassasié, le loup l'abandonna seul. Il demeura inerte, isolé dans son corps meurtri, à l'agonie. Le silence et les ténèbres l'enveloppèrent. Il demeura seul dans la peur, le chagrin et la solitude : "c'était ce qu'il ressentait tous les jours à l'école".

Lorsque son rêve lugubre cessa, il contempla les autres enfants qui jouaient dans la cour. En catimini, il les admirait. Leurs visages resplendissant de joie et de bonheur étaient agréables à regarder. Il voulait tant être comme eux. Il souhaitait tellement se joindre à eux, s'amuser aux éclats de rire, mais son corps refusait de lui obéir, comme statufié, il était reclus dans la morosité.
Quel était donc l'origine de ce mal qui le rongeait intérieurement et qui l'empêchait de vivre pleinement sa vie ?

A la maison, c'était un enfant qui jouait comme les autres, entouré de parents qui se disputaient souvent. Lorsque d'autres enfants lui adressaient la parole, il ne répondait pas. Statufié, il se contentait de les observer. "Est ce qu'il va m'accepté dans son groupe?" se demandait-il. Parfois, il réussissait à communiquer par un geste, un haussement d'épaules qui signifiait pour lui "j'accepte de jouer avec toi, et toi m'acceptes-tu ?"
Personne ne le comprenait vraiment. La maîtresse l'avait récompensé d'innombrables images pour bonne conduite en classe à en rendre jaloux plus d'un. Il communiquait seulement avec la maitresse par des hochements de tête car elle était très affable à son égard. En plus de bien travailler en classe, c'était le chouchou de l'enseignante.
Les autres enfants se contentaient de l'ignorer. Ils formaient des groupes, et il ne se sentait pas le bienvenue parmi eux. S'incruster parmi un groupe lui semblait inconcevable. Il l'aurait rejeté, c'est certain. Il était coupable de différence, et vivait comme un paria.

Secrètement, il rêvait depuis longtemps d'un garçon qui venait le chercher, et lui disait "viens jouer avec moi". Il répondait "oui, j'arrive", et ils jouaient jusqu'aux éclats de rire. Un jour, un nouvel élève intégra la classe. C'était un garçon âgé d'un an de plus que lui, à l'accent étrange. C'était un immigré Tunisien. Il n'oubliera jamais ce garçon qui vint s'asseoir à côté de lui. Lorsque la sonnerie revendiqua le début de la récréation, il dit : "Dépêche-toi, tu vas manquer la récré. Allez, viens !" Son seul ami, celui qui deviendrait son meilleur ami d'enfance. Son rêve devint réalité. Il esquissa un sourire, et lui dit : "j'arrive".

Mutisme sélectif : l'enfant trop sage

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